Le 11 novembre 2018 la France a commémoré l'Armistice de la Grande Guerre 1914-1918 qui a fait des millions de victimes militaires et civiles. 

Nous voulons rendre hommage à notre Grand-père, Alphonse LERCH, une des victimes de cette " grande boucherie ".

Alphonse LERCH est né à Bourbach-le-Haut le 21 juin 1878 "Àm Barg", lieu-dit appelé aujourd'hui "Baeselbach", sous l'administration Prussienne. Il est le fils de Alphonse Lerch et de Véronique Nussbaum et l'aîné d'une fratrie de 13 enfants.  

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Alphonse LERCH en 1900 au JNFANT. REGMT N° 88 2T BATAILLON à LAHR.   

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Papiers lors du service militaire en 1900 et documents pour les réservistes en cas de mobilisation générale. 

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Fellmann Virginie épouse Lerch Alphonse

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Alphonse Lerch s'est marié le 4 mars 1905 à Bourbach-le-Haut avec Virginie Fellmann. 

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Eugène, Amélie et Emile.

Le couple a 4 enfants: (sur la photo de G à D) Eugène né le 5 mai 1906 , Amélie née le 16 juin 1912 , Emile né le 30 septembre 1908, un autre enfant Marie Eugénie née le 23 septembre 1910 est décédée le 11 janvier 1911.

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Fin juillet 1914, suite à l’attentat de Sarajevo, l’Europe bascule dans la guerre. Vendredi le 31 juillet, le Reich allemand, et donc le « Reichsland Elsass-Lothringen », sont déclarés en état de danger de guerre, « Kriegsgefahrzustand ». En conséquence, l'administration civile est soumise aux autorités militaires, la censure imposée à la presse et aux réunions publiques, la correspondance étroitement surveillée et la liberté individuelle fortement limitée.

Le lendemain, 1 août 1914, la mobilisation générale, « Generalmobilmachung » est décrétée dans tout le Reich et affichée dans toutes les communes du Reichsland : 220 000 Alsaciens et Mosellans, nés entre 1869 et 1897, doivent se rendre dans leurs casernes d’affectation pour y être incorporés, tant sur le front ouest que sur le front est, en fonction de leur régiment d’affectation. 3 000 d’entre eux se dérobent et franchissent la frontière française.

Lundi 3 août 1914 : à 18 heures, l'Allemagne déclare la guerre à la France. 

Le conflit commence dans une région où la population se compose d’Alsaciens-Lorrains nés français avant 1871, d’Alsaciens-Lorrains nés allemands après 1871 et d’Allemands envoyés par l’Empire allemand. Il se traduit initialement par une guerre de mouvement, avec entre autres les difficiles combats du Hartmannswillerskopf (Vieil-Armand, Haut-Rhin). Les troupes allemandes stationnées en Alsace-Lorraine sont surtout composées de régiments badois et bavarois, ainsi que de régiments de réserve composés d’Alsaciens-Lorrains, dont certains en profitent pour se rendre aux Français. Au fil du temps la méfiance s’installe des deux côtés ; les Allemands n’ont plus confiance envers les Alsaciens-Lorrains et les Français récupèrent de nombreux soldats et civils qui ne parlent que l’allemand ou l’alsacien, et très peu ou mal le français. La crainte d’agents allemands infiltrés s’intensifie. L’Allemagne envoie les incorporés alsaciens-lorrains sur le front russe où un certain nombre est capturé. Dans les premiers jours d’août 1914 l’armée française pénètre en Alsace-Lorraine, remporte certains succès comme la libération éphémère de Mulhouse le 8, et capture des otages représentant l’administration allemande : instituteurs, juges, employés des postes, des chemins de fer… 

Au bilan, côté français, sur les 65 000 internés dans 153 camps, 15 000 sont originaires d’Alsace-Lorraine. Des camps spéciaux pour Alsaciens-Lorrains sont d’ailleurs installés à Monistrol-sur-Loire (Haute-Loire),Saint-Rambert-sur-Loire (Loire) et Lourdes (Hautes-Pyrénées). Les internés travaillent dans des usines, dans l’agriculture ou rejoignent l’armée française après avoir reçu un nouveau nom pour le cas où ils seraient faits prisonniers par les Allemands et accusés de trahison. Côté civil, toujours la méfiance. De nombreux civils voulant se réfugier en France sont arrêtés et internés, parfois dans des conditions inacceptables.

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Le 1er août 1914, comme tous les réservistes, Alphonse Lerch est mobilisé dans l'armée allemande ainsi que 3 autres de ses frères Joseph, Eugène et Adolphe. 

Alphonse Lerch a 36 ans, bûcheron, une épouse sans ressources à domicile avec 3 enfants en bas âge à charge !

Il part pour Mulhouse, traverse le Rhin et se trouve rapidement au front face à l'armée française. Il est fait prisonnier par les français et passe par plusieurs camps de détention.

Sa détention n'est pas de tout repos. Il doit travailler dans la forêt, dans une tuilerie puis dans des fermes. Des journées harassantes, se lever tôt, travailler dur pour quelques francs, sans reconnaissance, au contraire... des brimades dès le début, traité en "boche ", mal nourri et mal soigné.

Alphonse Lerch ne rentrera plus jamais à Bourbach-le-Haut "Meine Heimat "...

Heureusement la famille a conservé précieusement tout son courrier adressé à son épouse depuis février 1915 jusqu'en septembre 1918. Nous avons essayé de retracer son parcours et comprendre dans quelles conditions il a traversé toutes ses années de détention. Après de nombreuses recherches, nous avons compris qu'il n'existe pas d'archives de guerre concernant les prisonniers, ni du côte français ni du côté allemand: détruits volontairement ou accidentellement comme lors du bombardement de Postdam durant la 2ème Guerre Mondiale ?

Les lettres que Alphonse adresse à son épouse, celles qu'il reçoit de ses soeurs, amis et camarades qui sont souvent dans le même cas que lui et même quelques lettres de son fils de 11-12 ans environ, nous éclairent un peu sur ses quatre années de captivité et de son parcours.

Le courrier, comme on le sait bien, soumis à la censure, est souvent imprécis quant aux lieux et détails de la vie qui seraient précieux pour retracer son pénible parcours. Un ou deux ans plus tard Alphonse Lerch rappelle dans son courrier les endroits où il a passé avec plus de détails, des renseignements précieux sur son périple.

Lerch Alphonse et Speckler AlphonsePhoto prise probablement à la gare d'Offenbourg. Alphonse Lerch (1er assis à gauche). Également sur la photo, Alphonse Speckler de Bourbach-le-Haut (couché, à gauche).

Alphonse Lerch est affecté dès son incorporation à la surveillance " Bahnschutz " de la gare et des voies ferrées à Offenbourg. Il écrit plus tard " L'on m'avait laissé entendre que je resterai toujours là ! "... 

1 octobre 1914 - Alphonse est à Metz et doit aller au front (lettre du 6 septembre 1915).

22 février 1915 -  Premier courrier, sans indication de lieu. " ... maintenant j'ai une adresse.. " Wehrmann Alphonse Lerch 5 Komp. inf. 109 28 div. 14

18 mars 1915 au 6 avril 1915 - Courriers expédiés de " Nordfrankreich " et systématiquement transmis au comité de censure qui les fera suivre avec malheureusement des délais souvent très longs. " Liebe Frau das war eine lange traùrige Zeit fûr mich wenn man bereitz 8 Monate fort ist von Hause und von Frau und Kinder, wem soll denn das Herz nicht schwerer werden..."

26 mai 1915 - Belle Ile - Il est en captivité, fait prisonnier par les français le 10 mai 1915. Pratiquement toutes les lettres écrites à son épouse commencent ainsi "  Liebe Frau und Kinder, Ich will geschwind zur Feder greifen um Euch ans Herz zu legen wie es bei mir geht..." Dans ce courrier il annonce sa captivité " Ich mus Euch zu wissen thun das Ich seit am 10 Mai in Gefangenschaft bin du kannst es meinen Eltern sagen damit sie auch wissen wo ich bin "... Meine Eltern sollen mir die Adresse schicken von meinen Bruder Eugen und Adolph (Front de l'Est)... Wenn es dir möglich ist so kannst du mihr ein Hemd schicken, zu essen nichts du brauchst es für dich und die armen Kinder... ich tättet ja gerne wieder ein Stück Speck  essen  von  zu Hause..."

LA22Carte postale montrant un camp de prisonniers allemands à Belle Ile.

16 juin 1915 - Le Gavre - Première lettre expédiée de Le Gavre (Loire Inférieure) - Nouvelle adresse: Prisonnier de guerre Alfons Lerch Regt 109 Détachement de la forêt du Gavre En gare de la Maillardais (Loire Inférieure).

LA15Ces cartes postales montrent les camps de prisonniers allemands...

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... en forêt du Gavre, non loin de Nantes, il en existe plusieurs... 

LA17... Alphonse Lerch dans son courrier ne fera jamais mention du lieu exact.

LA4Quelques enveloppes du courrier, expédié par Alphonse Lerch...

LA6... à son épouse, ouvertes et visées par les autorités militaires.

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Lerch Alphonse 006Alphonse Lerch, debout, 2ème rang, 4ème à droite (avec la barbe)

lerch alphonse père de lerch emile 002BAlphonse Lerch assis.

A la vue de ces photos, l'épouse de Alphonse lui envoie son rasoir avec ce commentaire " Tu ressembles à un vieil homme...".

Quelques extraits du courrier de Alphonse, reçu ou envoyé:

25 septembre 1915 - Il apprend le décès de son frère Joseph (1890-1915) mort au front sous l'uniforme allemand - La femme de Speckler Alfons est au Büttig (Buissonnets actuellement), personne n'est au Rossberg cet été - Leo Nussbaum serait à l'infirmerie à Berlin.

8 juillet 1915 - Lettre de Xaver Méthia de Mulhouse, c'est lui qui informe Alphonse sur le sort de ses deux autres frères Eugen et Adolph mobilisés sur le front de l'Est - En captivité en France, Alphonse n'a pas le droit de communiquer avec des personnes à l'étranger.

14 avril 1916 - Alphonse se plaint régulièrement de maux d'estomac et de douleurs dans les jambes - il travaille dans la forêt - Il écrit " Wir sind behandelt wie die Französischen Gefangenen in Deutschland " (nous sommes traités comme les prisonniers français en Allemagne !).

3 mai 1916 - " Es ist ein Elend wenn man nicht versteht und kenn nicht mit den Leuten sprechen" (C'est triste quand on ne comprend rien et que l'on ne peut parler avec les gens).

12 mai 1916 - " 200 Mann im Lager und kein Wort französisch " (200 hommes au camp et pas un mot de français).

28 mai 1916 - Alphonse était au Bahnschutz avec Joseph Jermann de Bourbach-le-Bas. 

Sans date - Roche Maurice - " ... bei mihr geht es wieder so ziemlich und hofendlich wird es so bleiben bis der schrecklische Krieg sein Ende nimmt. Liebe Frau ich will dir auch mitheilen das ich jetzt nicht mehr in Le Gavre bin, wir sind dort fort gekommen, wirklich sind wir in Roche Maurice aber wir sollen auch nicht hier bleiben, aber wohin wir kommen sollen weis ich nicht, mache dir deshalb kein Kummer..." 

Saint Rambert sur Loire - De Roche Maurice, pour se rendre à Monistrol sur Loire, Alphonse passe à Saint Rambert sur Loire.

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Le " Dépôt " des prisonniers Alsaciens-Lorrains de Monistrol sur Loire

Le Dépôt de Monistrol sur Loire est crée le 3 avril 1915 et dépend de l'Intendance du 13e Corps d'armée de Clermond-Ferrand. Il est installé dans les bâtiments de l'ancien couvent des Capucins qui est à l'abandon depuis le départ contraint du Petit Séminaire en 1906. Par la suite, la municipalité met à la disposition de l'autorité militaire le bâtiment du groupe scolaire en cours d'achèvement (actuelle école primaire publique). Ceci dans le but d'obtenir un accroissement des effectifs du Dépôt, la demande en main d'oeuvre étant de plus en plus pressante, les classes de réservistes sont mobilisées depuis janvier 1916.

Les effectifs du Dépôt oscillent entre 800 et 1000 hommes, sans cesse renouvelés du fait des engagements dans l'armée et des affectations dans les usines de la Loire travaillant pour l'armement, cette activité est classée prioritaire.

Le nombre des Alsaciens-Lorrains qui passent à Monistrol pendant ces années de guerre est certainement supérieur à 4000.

Le lieutenant Fonlupt-Esperaber qui succède au lieutenant Platier dès l'automne 1915 organise un véritable Service de Main d'Oeuvre et crée, en accord avec la municipalité, un Syndicat agricole pour centraliser les demandes et fixer les conditions dans lesquelles sont détachés les travailleurs Alsaciens-Lorrains volontaires.

" Les Alsaciens-Lorrains sont mis à disposition par équipes pour effectuer exclusivement des travaux agricoles; ils doivent être transportés, nourris, logés et indemnisés aux frais des employeurs et sous la garantie financière de la commune. L'indemnité journalière est fixée à 1,30 f. dont 0,40 f. comme argent de poche pour le travailleur. "

Cette indemnité est porté à 1,60 f. au 1er juillet 1917. A titre indicatif, le prix du pain est en août 1914 de 0,43 f. pour le pain blanc et 0,33 f. pour le pain de seigle; le prix d'un litre de vin ordinaire de 0,30 f.

A noter, qu'en fin 1917 et surtout en 1918, tous ces produits alimentaires sont fortement rationnés et chers, pour le pain, s'il est possible d'en acheter, pas plus de 250 à 300g par jour.

En juin 1918, les effectifs du Dépôt sont réduits à 30 hommes, la plupart des Alsaciens-Lorrains ont été appelés pour travailler dans les usines des régions stéphanoise et lyonnaise.

Le 28 décembre 1918, l'adjudant Tardy commandant le Détachement de Monistrol, dépendant alors du Dépôt de Saint Rambert, remet  une lettre de remerciements à la municipalité " pour l'excellent accueil réservé aux Alsaciens-Lorrains par la population, lesquels garderont un bon souvenir de leur séjour à Monistrol. "

Le 10 mars 1919 a lieu l'annonce de la fermeture du Dépôt et son évacuation est rendue effective dès le lendemain.

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LA27Vue générale de Monistrol sur Loire (Collection Madeleine Moret).

LA28L'ancien collège affecté au casernement des prisonniers Alsaciens (Collection Madeleine Moret).

LA29L'arrivée des prisonniers depuis la gare (Collection Madeleine Moret).

LA30L'ancien Petit Séminaire-Dépôt des Alsaciens-Lorrains (Collection Madeleine Moret).

LA31Un groupe d'Alsaciens-Lorrains (Collection Madeleine Moret).

LA32L'ancien collège avec la chapelle à gauche et le réfectoire à droite. Sur la carte inscription en allemand " Sous ces arbres je vais me pronener, l'an dernier ils n'étaient pas élagués et formaient un beau toit de feuillage " (Collection Madeleine Moret).

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9 juin 1916 - Monistrol sur Loire (Trentaine de kms de St-Etienne) - Première lettre envoyée par Alphonse de Monistrol sur Loire et sa nouvelle adresse est: Alphonse Lerch Camp des Alsaciens-Lorrains Dépôt Monistrol sur Loire (Haute-Loire).

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16 juin 1916 - "... die Elsässer sind Alle von Le Gavre weg gekommen nach Monistrol wo laùter Elsässer sind, ich bin sehr froh dass ich bei Landleuten sein kann und von den Schwowen weg bin, denn jeden Tag ist es schlechter geworden ... wir sind jetz in Südfrankreich, wir sind zwei Tage und eine Nacht gefahren von Roche Maurice ... einer zu mihr gekommen ist von Niederburbach er ist Civil gefangen... es ist einer vom Naegelen Bäck, von Niederburbach, seine Bruder er heist Joseph... "

20 juin 1916 - " Ich bin froh dass das Ort französisch ist "  Alphonse se réjouit que Bourbach-le-Haut est français.

21 octobre 1916 - Depuis plusieurs mois Alphonse se plaint de rage de dents, il s'en fera retirer une et maintenant il se trouve à l'hôpital de Clermont " weil ich Zähne bekomme ..." Il y reste jusqu'au 16 novembre.

21 décembre 1916 - Depuis 8 jours Alphonse est parti de Monistrol sur Loire, donc depuis le 13 décembre 1916.

7 janvier 1917 - Alphonse travaille dans une tuilerie. Toute la journée à l'extérieur et sans gants.

28 janvier 1917 - Briennon - Le courrier est maintenant expédié de Briennon (environ 12 km de Roanne) mais transite toujours par le dépôt de Monistrol sur Loire, ce qui rallonge considérablement les délais d'expédition et de réception. 

18 février 1917 - Il se débarrasse des habits militaires " Ich habe mein Anzug von Offenburg nach Hause geschikt ".

11 mars 1917 - Tout est cher " ... Schuhe 35 bis 40 franken, ein paar Hosen 20 franken ".

15 avril 1917 - Une lettre de sa soeur Catherine, qui habite à Remiremont, après un passage chez les parents à Bourbach, lui annonce que le village est " verstrickt ". Elle veut dire par là que Bourbach est défiguré à cause de tranchées et essentiellement par la construction de la Route Joffre que Alphonse ignore toujours. Alphonse ne sera pas mis au courant du tracé de la route Joffre par sa famille pour ne pas lui faire de peine supplémentaire. Sa propriété est parmi celles qui ont été le plus amputées à Bourbach.

27 mai 1917 - Le fils de Fellmann Simon doit être en captivité à Saint Rambert.

7 octobre 1917 - Dans la ferme, Alphonse doit faucher, sortir les pommes de terre et s'occuper de la batteuse.

9 octobre 1917 - Des nouvelles de son épouse: L'aide qu'elle touche est relevée de 45 à 62 francs, mais un pain coûte 30 sous et l'huile 45 - Il y a de la neige au Rossberg.

9 décembre 1917 - Daegelen Matern de Bourbach-le-Haut est en captivité à Saint Rambert.

16 décembre 1917 - Il fait froid, les oreilles gèlent, pas de gants et ceux que l'on achète sont chers et ne valent rien.

23 décembre 1917 - Nous n'avons plus le droit d'envoyer des cartes avec des vues.

5 janvier 1918 - L'hiver est terrible, des températures de - 19 et - 20 et de la neige depuis 3 semaines.

27 janvier 1918 - Alphonse souffre de rhumatismes  " das kommt vom Schutzengraben " , ils proviennent des tranchées.

20 janvier 1918 - Il apprend par son épouse qu'un officier est hébergé chez eux à Bourbach.

10 février 1918 - Maintenant il fait très chaud pour la saison, comme en été.

17 février 1918 - " Liebe Frau auch bei mihr gehts so einigermassen, nur bin ich jetz geblogt mit Rumatismus, wenn doch nur der liebe Gott dem Schrecklichen Kriege bald ein Ende nehmen würde damit man sich wieder ein wenige besser schonen könnte und wieder einmal in einem anständigen Bette schlafen könnte, den bis jetz habe ich es nicht tùn können, ausdem wird mihr die Zeit immer länger, und heimelt mich jeden Tag mehr an nach Euch, die lieben Kinder liegen mihr so am Herzen dass ich bald nichts mehr zu helfen weiss, wan ich das gewusst hätte das der Krieg so lange dauern würde hätte mich kein Mensch von zu Hause fortgebracht, oder wan ich gewusst hätte das wir so gleich französich geworden sind, hofendlich wird es wohl so bleiben wie wir sind, damit wir von den Jach der Barbaren erlöst sind..."

17 février 1918 - Nous recevons 300 grammes de pain par jour et ne pouvons plus en acheter.

10 mars 1918 - Il faut travailler à partir de 6 heures du matin à 8 heures du soir. Aujourd'hui, ce sont 1315 jours que la guerre a commencé et... " sind noch keine Ausichten verhanden, den die verrrückte Schwowen wollen noch nichts nachgeben trotzdem sie von der ganzen Welt bedroht sind..."

14 avril 1918 - La famille envisage de rendre visite à Alphonse, mais pas de possibilité en ce moment " wegen grosser Trupenbewegung " .

21 avril 1918 - Une autre nouvelle de Bourbach " il n'y a pas de berger cette année, va falloir garder les vaches soi-même ".

5 mai 1918 - Alphonse souffre terriblement de l'estomac et a du mal à travailler.

11 mai 1918 - Comme d'autres, l'épouse de Alphonse a dû héberger des soldats français, Pajot Alfred 9ème Cie du 81e Rgt d'Infanterie Secteur 139 lui écrit " ... depuis que nous vous avons quitté il y a eu beaucoup de changements. Raoul et Lucien ont été blessés, pas trop grave, moi j'ai rien attrapé, je suis en réserve, ce soir nous montons en ligne pour 24h, j'espère qu'il n'arrivera rien, nous sommes pas si bien que dans vos Pays loin s'en faut et je vous promets que je voudrais y être par là bas. Le grand Charles n'est pas venu avec nous, mon lieutenant a été blessé..."

12 mai 1918 - " Le travail est de plus en plus dur. De jour en jour je suis de plus en plus faible, parce qu'on est très mal nourri, je n'ai pas eu de chance jusqu'à maintenant de trouver une maison convenable. Là où je suis maintenant, ils ne connaissent que le travail mais rien aux repas... Pas question de vin, trois maigres repas du matin jusqu'au soir.

26 mai 1918 - Alphonse apprend enfin qu'une route traverse le village. Pour ne pas lui faire de peine, son épouse ne l'a jamais informé alors qu'elle existe depuis 1915. Dans sa réponse il dit " Viel Boden soll kabut sein, wie stehts mit unserem Garten, ist er noch in Ordnung ? Eine Strasse soll gemacht worden sein, wo gehtt sir durch ? "

30 juin 1918 - Depuis quatre semaines, Alphonse a des douleurs dans la poitrine côté gauche et ne peut plus travailler et se plaint de ne pouvoir gagner quelques malheureux francs. Son fils Eugène lui a envoyé une carte postale de Bourbach avec la nouvelle route. Alphonse demande si les quetschiers sont encore en place... et recommande à son épouse de ne pas laisser le petit Eugéne grimper au mât le 14 juillet.

21 juillet 1918 - Alphonse écrit et reçoit le courrier tous les dimanches. Mais le courrier a souvent du retard, aussi bien celui qui arrive que celui qu'il envoie, la censure ? Alphonse reproche de temps en temps à son épouse de ne pas lui écrire et plus tard il reçoit plusieurs lettres en même temps, celles-ci passe toujours par le dépôt de Monistrol. Mais le gros problème concerne l'argent et les paquets que la famille lui adresse. L'argent n'arrive pas souvent et les paquets sont ouverts ou trainent des mois, si bien que les produits alimentaires sont inconsommables. Il dira souvent " Schick mihr kein geld mehr, du brauchst für dich und für die armen Kinder..." 

3 août 1918 - Alphonse répond au sujet de la route Joffre " Ich sehe die Strasse dicht an unserem Hause vorbei geht und das kleine Garten weg ist, sowie die hälfte vom anderen Garten, da muss es ausehen ! "

15 août 1918 -  Alphonse à sa famille, il pense à ses deux frères "... Die armen Brüder Eugen und Adolph, jeden Tag werden Prisonier gemacht aber man hört nicht dass sie dabei sind, die arme Knabe dauern mich sehr, schon über 4 Jahre bei dieser Schwowenbande zu leben..."

Les deux frères, Eugène et Adolph, rentreront après le 11 novembre 1918. Adolph décéde le 11 décembre 1918 (il n'est pas inscrit au Monument aux morts du village), Eugène est mort le 14 août 1965 à Merxheim.

16 septembre 1918 - Lettre de Eugène, le fils aîné de Alphonse, qui a maintenant 12 ans " Nous avons maintenant l'accord pour venir chez toi, nous avons déjà demandé les autorisations, peut-être ce sera chose faite dans 8 jours, alors nous pouvons venir ..." Par nous il entend, lui Eugène, Virginie l'épouse de Alphonse et Catherine la soeur de Alphonse.

19 octobre 1918 - Catherine envoie cette carte de Houppach à Alphonse...

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Elle écrit " Wie du weisst, hatten wir beabsichtigt dich zu besuchen, aber unser Laissez-passer ist nicht angekommen bis dahin, auserdem herrscht in ganzen Frankreich eine schlimme Krankheit (La grippe espagnole) aber Gottlob bei uns noch nicht, darum finden wir es für besser, zu Hause bleiben und dir von dem Gelde, das wir  verbraucht hätten, etwas zu schiken, da hast du auch etwas davon. Es ist sehr kalt, also nicht mehr angenehm eine so grosse Reise zu machen... man redet hier das der Krieg bald zu Ende ist, dan werden wir uns hoffendlich wieder sehen..."

20 octobre 1918 - Virginie écrit à Alphonse que depuis 3 semaines elle n'a plus reçu de lettre.

30 octobre 1918 - Encore une lettre de Virginie à Alphonse: " ... plus de courrier depuis 5 semaines... nous avons maintenant nos Laissez-passer... Das ist vielleicht der letzte Brief... " avant de venir.

11 novembre 1918 -  C'est l'Armistice. Personne n'en fait allusion, les  esprits sont ailleurs ! 

25 novembre 1918 - Lettre du jeune Eugène " Deux mois et pas de lettre "

15 décembre 1918 - Une lettre de D. Collet de Briennon qui écrit pour son père A. Collet à Alphonse. L'a-t-il encore lu ? Dans cette lettre il répond à une lettre de Alphonse demandant du miel. L'on apprend aussi que le père est allé à Roanne dans deux hôpitaux pour le retrouver... que Alphonse a subi une opération... qu'il a parlé à Charles Funck (?) au sujet de ses habits.

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18 décembre 1918 - Une dernière lettre de Virginie à Alphonse en réponse à un courrier reçu entretemps de lui et contenant un portrait (?) "... Lieber Mann ich habe gesehen, was sich in dieser Zeit mit dir zugetragen hat, nùn hofe ich mit der Hilfe Gottes das dù bald wieder gesund bist, und dann mit Freuden zu deinen lieben in die Heimat zurück kehren, die schon lange mit Schmerzen auf dich warten, aber lieber Mann ich mahne dich nicht aber zu kommen bis du gesund bist, den es ist Winter, du könntest auf der Reise wieder krank werden... "

24 décembre 1918 - Virginie Lerch l'épouse de Alphonse, son fils Eugène et sa soeur Catherine Jaegly sont à Roanne.

25 décembre 1918 - Son épouse, son fils et sa soeur sont au chevet de Alphonse à l'hôpital de Roanne. Il décéde le jour de Noël à 8 heures du soir. 

Alphonse Lerch est mort à 40 ans, d'épuisement, de nombreuses maladies contractées durant sa captivité, rongé par le mal du Pays et de chagrin d'avoir trop longtemps été éloigné de son épouse Virginie et de ses trois enfants qu'il n'aura pas vu grandir.

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L'acte de décès de Alphonse Lerch.

Anglet 009bLa tombe de Alphonse Lerch (Lerck) au carré militaire de Roanne (Le nom est mal orthographié k au lieu de h) 

Anglet 031Le carré militaire au milieu du cimetière civil.

Anglet 036Le monument aux morts de Roanne également au cimetière civil.

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Alphonse Lerch qui est enterré dans le carré militaire de Roanne, inscrit sur le monument aux morts de Bourbach-le-Haut son village natal n'a pas été reconnu " Mort pour la France " (comme le montre ce document) mais en tant qu'Alsacien, il est probablement mort  " Par la France ".

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L'épouse de Alphonse Lerch et ses enfants ont fait faire cette plaque pour la sceller sur la tombe familiale au cimetière du village mais il  convient de lire " Mort en captivité chez les Français ".

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La tombe de la famille au cimetière de Bourbach-le-Haut, là aussi une erreur, la date de décès: 1918 et non 1914.

La Grande Guerre 1914-1918 devait être la " Der des ders ", malheureusement en 1939 le monde sombrait à nouveau dans un affrontement inutile et sanglant.

Le gendre de Alphonse Lerch, Eugène Fellmann, né en 1908, mari d'Amélie Lerch, a connu un sort tout aussi dramatique, incorporé de force le 24 avril 1944 lors de la Deuxième Guerre mondiale, il a dû quitter son épouse et ses trois enfants en bas âge, 5 ans, 2 ans et 1 an, et décède à Maglod (Hongrie) le 24 novembre 1944. 

Sources:

- Texte sur Monistrol sur Loire, extrait de l'article de Claude Garnier+ publié dans les Chroniques Monistroliennes n°46 2013-2014.

- Cartes de Monistrol sur Loire: collection personelle de Madame Madeleine Moret, présidente de la Société d'Histoire de Monistrol.

- Tout le courrier  de Alphonse, Virginie, Eugène, Catherine conservés  par Elisabeth Bertoncini née Fellmann et Serge Lerch (167 lettres au total).

- Cartes postales et photos, collection Elisabeth Bertoncini et Serge Lerch.

- Le front Alsace-Vosges durant la 1ère Guerre par Georges Brun.