Charles HALM, cadre bancaire, ancien directeur du Crédit Industriel d'Alsace et de Lorraine (aujourd'hui CIC Est) de Masevaux est décédé à l'aube de ses 87 ans le 9 janvier 2017.

Halm Charlesf

Direction et directeurs d'agences du Crédit Industriel d'Alsace et de Lorraine, groupe de Mulhouse, à l'aéroport de Bâle-Mulhouse.

Je rends hommage à Charles Halm, directeur du CIAL Masevaux dans les années 1960, puisque c'est lui qui m'accueilla dans son bureau de Masevaux,  à 15 ans après le BEPC. En effet, mon parcours scolaire s'est terminé après la 3ème au Cours Complémentaire de Masevaux. Mais le directeur Paul Burgy voulait que ceux qui ne pouvaient intégrer l'École Normale d'instituteurs ou autres, trouvent une place rapidement dans la vie active. C'est ainsi qu'il m'a accompagné au CIAL: M. Halm nous dit " Je n'ai pas de place à Masevaux mais je passe un coup de fil à Mulhouse, réponse: c'est bon qu'il vienne se présenter la semaine prochaine ". C'était la veille du 14 juillet 1962 et j'ai été engagé (le chef de personnel avait au préalable fait une enquête de moralité auprès du curé de la paroisse) par le CIAL Mulhouse le 1er août suivant pour une carrière de 45 ans dans la même maison !

De 1963 à 1966 au CIAL de Masevaux. 

En 1963, Charles Halm demande à la direction de Mulhouse mes services pour remplacer Bernard Behra (futur maire de Rimbach, décédé accidentellement). J'ai accepté mais à condition que ce soit un poste provisoire. Je suis resté 3 ans, et en quittant pour la dernière fois le CIAL de Masevaux le 27 juin 1966, l'église était ravagée par le terrible incendie. J'ai assisté au triste spectacle.

A Masevaux une banque d'un autre temps.

Après un an de banque, ma formation était loin d'être faite. L'essentiel du travail consistait au classement, tri du courrier et distribution. Les tâches importantes, caisse et portefeuille, étaient réservées aux plus anciens! La matinée était consacrée à la distribution du courrier, en effet le courrier des clients de Masevaux était porté à domicile avec le vélo mis à disposition par la banque. Retour impératif à 11h, à cette heure précise il fallait être dans l'une des 3 principales banques de Masevaux à l'époque: Banque Nationale pour le Commerce et l'Industrie, Banque Populaire ou Crédit Industriel d'Alsace et de Lorraine pour la compensation. La compensation, c'est l'échange interbancaire des chèques et effets de commerce respectifs avec règlement pour conclure. C'est là qu'il fallait être fort en calcul mental, les calculettes n'existaient pas encore ! D'ailleurs c'était encore le temps de la mécanographie, l'informatique était à ses premiers balbutiements.

Les encaissements.

Actuellement en dehors des services spécialisés, les banques ont interdiction de faire des tournées d'encaissements de fonds. Certains guichets (murs d'argent) n'ont même plus de caisse, toutes les opérations se font à travers les guichets automatiques.

Il en était différemment à l'époque, à 16 ans, avec le vélo et sacoche au guidon, tous les jours, je faisais les encaissements chez certains de nos clients commercants de Masevaux. Que de bons souvenirs, chez Marthe la fleuriste, chez Gaston le libraire, chez Raymond le restaurateur, chez Paul le cafetier, chez le négociant de boissons ou le livreur de charbon (et bien d'autres).

D'autres commercants venaient bien entendu apporter leur recette directement au guichet, je pense essentiellement au chef de gare, la SNCF était cliente chez nous, qui avait l'obligation de reverser chaque jour ses encaissements: certains jours il ne s'agissait que de quelques francs!

Le lundi matin, toujours avec le vélo, je cherchais la recette du week-end chez le gérant du Lac Bleu et le vendredi après-midi je faisais les encaissements de la basse vallée. Je descendais à vide jusqu'à Guewenheim et en remontant la vallée je m'arrêtais chez les commerçants et non des moindres pour ramener le soir quelques millions (puisque c'est ainsi qu'on parlait encore à l'époque, les anciens francs et nouveaux francs venaient à peine de disparaître).

Tous ces encaissements se sont fait sans jamais se soucier de la moindre sécurité. Aujourd'hui, après quelques tours de pédales, l'on vous dépouillerait pour quelques sous.

La sécurité nous était imposée quand la banque apportait la paye aux grandes entreprises. Les salaires étaient encore payés en espèces. C'était le cas quand nous nous rendions 2 fois par mois chez Isidore André. Nous, Charles Halm et moi, allions en voiture. Le directeur avait dans sa poche un révolver chargé (tous les directeurs avaient le port d'armes) et moi la sacoche attachée par un bracelet à la main (si quelqu'un essayait de m'arracher la sacoche une cartouche d'encre teintait tous les billets en rouge et les rendaient inutilisables).

Charles Halm m'a appris les rudiments de mon métier. 

J'avais de très bonnes relations avec mon directeur d'agence, même que de temps en temps nous replantions des saules pleureurs dans le lit de la Doller à chaque fois emportés par les grosses crues de printemps (le CIAL était à côté de la Doller, rue du Général De Gaulle). Je conserve un bon souvenir de lui, nous nous entendions si bien, qu'à mon départ pour le service militaire, il me demanda de revenir travailler à Masevaux. Cela ne m'enchantait pas et à trois reprises je lui ai répondu "non" et c'est alors qu'il m'a traité de " Stettkopf " en d'autres termes " forte tête ou tête de mule ". Nous nous sommes appréciés tout au long de notre carrière.